18 – AU FOND DE LA MALLE

Jérôme Fandor, après le départ de M. Fuselier, avait rejoint sur le boulevard Mme Bourrat, toute remuée, toute troublée par le dramatique événement dont elle venait d’être l’involontaire témoin.

Elle avait renvoyé son valet de chambre depuis quelques instants et se disposait à aller prendre l’autobus qui devait la reconduire à Auteuil. Jérôme Fandor l’ayant rejointe lui proposa de l’accompagner. La vieille dame n’y fit aucune objection, bien au contraire, elle était heureuse de pouvoir s’entretenir avec le journaliste et, curieuse comme toutes les femmes, elle éprouvait le vif désir d’être plus minutieusement renseignée qu’elle ne l’était sur le drame extraordinaire auquel elle se trouvait involontairement mêlée.

Lorsque la logeuse et le journaliste arrivèrent à Auteuil, la première ne savait rien de précis, car le second n’avait répondu que des choses évasives aux questions qui lui étaient posées !

Néanmoins, il y avait un fait acquis : à savoir que Mme Bourrat considérait Jérôme Fandor comme le plus aimable homme du monde et qu’elle était disposée à le servir de son mieux dans la défense des intérêts qu’il paraissait vouloir sauvegarder.

Mme Bourrat tint absolument à recevoir Jérôme Fandor dans ses appartements privés.

Elle en profita pour se lamenter du trouble qu’apportait cette affaire dans son existence régulière et paisible. Certes, en été, ses pensionnaires étaient beaucoup moins nombreux et se réduisaient pour ainsi dire à deux ou trois personnes. Même, cette saison, ils avaient été encore plus rares qu’à l’ordinaire, mais l’accident ou la tentative d’assassinat d’Élisabeth Dollon avait à coup sûr jeté le discrédit sur la maison de famille ; un vieux monsieur paralytique, qui s’y trouvait le jour du drame, était parti le lendemain. Il ne restait plus de pensionnaire. La maison était vide.

Mme Bourrat, après s’être assurée que Jules son valet de chambre, et Marianne, sa cuisinière, étaient respectivement rentrés dans leur chambre, reconduisit Jérôme Fandor jusqu’à la porte de son pavillon.

Tous deux s’étaient attardés à causer, sans avoir même pensé à dîner : l’émotion des récents événements leur avait coupé l’appétit.

Il était environ neuf heures du soir. La nuit, complètement tombée, avait jeté sur la propriété son manteau mystérieux d’obscurité...

— Allez-vous retrouver votre chemin ? interrogea Mme Bourrat, qui ne tenait pas à s’aventurer seule dans le parc, une fois qu’elle aurait reconduit le journaliste.

— Mais certainement, madame, dit celui-ci en riant, savoir s’orienter fait partie de ma profession.

Mme Bourrat poursuivit :

— N’oubliez pas, en sortant, de tirer fortement à vous la grille qui sépare la cour de la rue. Une fois fermée nous sommes chez nous, personne ne peut ouvrir de l’extérieur.

Jérôme Fandor, en serrant la main de la vieille dame, lui promit qu’il serait fait comme elle le désirait, et peu à peu le bruit de ses pas, sur le gravier, s’atténuant, celui de la grille, fortement poussée, retentissant ensuite, et le silence absolu succédant. Mme Bourrat acquit la conviction que son hôte était définitivement parti.

Il n’en était rien.

Jérôme Fandor avait en effet bruyamment fermé la grille, mais était resté à l’intérieur de la propriété, immobile auprès du portail, retenant presque son souffle, scrutant le voisinage de ses yeux perçants, désireux de ne point faire remarquer sa présence, voulant surtout ne pas être entendu.

Il demeura ainsi immobile environ vingt minutes, et s’étant assuré que Mme Bourrat, retirée dans son pavillon, avait clos ses persiennes, éteint sa lumière, il se frotta les mains, murmurant :

— À nous deux !

Jérôme Fandor, marchant sur la pointe des pieds, longeant le mur, s’achemina avec précaution jusqu’au pied de la maison.

Il reconnut immédiatement au premier étage la fenêtre de la chambre qu’habitait Élisabeth Dollon et constata avec plaisir qu’elle était restée entrouverte.

— Décidément, se dit-il, je suis favorisé par la chance aujourd’hui. Tout me réussit, tout est en ma faveur ; même, ajouta-t-il en considérant un tuyau de gouttière qui montait le long du mur passant à proximité de la fenêtre visée, la Providence et les architectes ont mis à ma disposition un somptueux escalier, qu’avec tant soit peu d’adresse, je gravirai sans difficulté.

Joignant l’acte à la pensée, le journaliste, fort accoutumé aux exercices de sport, s’éleva rapidement en s’aidant des bras et des jambes jusqu’à la hauteur de la chambre d’Élisabeth Dollon. Il s’accrocha au rebord de la fenêtre, exécuta un « rétablissement ». Deux secondes après, il était dans la pièce…

Jérôme Fandor se demandait s’il fallait oser faire de la lumière, afin d’étudier plus en détail la chambre dans laquelle il se trouvait, bien qu’il eût conservé le souvenir, lors de sa première visite dans cette pièce, de la disposition des meubles, lorsque soudain un rayon de lune perça la nuit et vint lui apporter la clarté nécessaire à ses investigations.

La chambre était essentiellement moderne : les murs, blancs, peints au ripolin, étaient complètement dénudés, comme ceux d’une cellule de nonne.

Un lit de fer était placé au milieu de la pièce, une armoire à glace fermée à clé occupait l’un des angles ; derrière un paravent se trouvait le lavabo, un bureau Louis XV, deux chaises, un fauteuil : c’était tout.

Jérôme Fandor, après avoir fait ce rapide inventaire, se gratta le menton :

— La situation, monologua-t-il, se complique. J’ai l’intime persuasion que cette chambre recevra d’ici peu la visite de gens qui n’ont guère intérêt à se faire connaître et qui ne tiennent pas à m’y rencontrer. Ces gens savent assurément à l’heure actuelle que dès demain matin le juge d’instruction fera ici une perquisition... Comment le savent-ils ? Oh ! c’est très simple. L’auteur principal de la tentative de meurtre, tout au moins l’un de ses complices, était assurément cet après-midi, chez Fuselier au nombre des témoins. Est-ce la vieille dame si aimable ? S’agit-il de ce gros butor de Jules, qui m’a l’air d’un parfait imbécile, mais qui peut-être cache son jeu ? C’est ce que j’ignore encore. À moins que ne surgisse le grave Barbey ou l’élégant Nanteuil ! Mais cette dernière supposition est une hypothèse qui ne tient pas debout, car tout me porte à croire que si ces deux personnages doivent jouer un rôle dans cette mystérieuse affaire, c’est plutôt celui de victimes que d’agresseurs... Tout cela, d’ailleurs, ne me dit pas si les lieux n’ont pas déjà été visités avant mon arrivée ?...

À peine avait-il eu cette pensée, que Jérôme Fandor faisait tourner dans sa serrure la clé de la commode, fouillait sous la pile de linge où il avait, deux jours auparavant, dissimulé le savon révélateur. Il eut l’extrême satisfaction de se rendre compte que l’objet n’avait pas été touché.

— Bon cela ! reprit-il, j’arrive à temps. Nous allons voir nos hommes tout à l’heure. Lesquels ?

Le jeune homme se prit à rêver.

Il imaginait la physionomie que pouvaient avoir les mystérieux individus sur les traces de qui il s’acharnait en vain.

Et peu à peu, involontairement, mais avec une persistance suspecte pour quiconque aurait cru aux pressentiments, il vit se préciser devant ses yeux la physionomie énigmatique du sucrier Thomery, avec ses cheveux d’argent, sa face rouge, ses yeux bleu clair, cette tête de Yankee, sur un torse robuste et solide.

— Thomery, s’écria le journaliste presque à haute voix. Le fait est que tout me porte à croire... Mais n’anticipons pas et songeons tout d’abord à nous dissimuler.

Jérôme Fandor considéra le lit, sous lequel il n’était guère prudent de prendre place, car sa présence serait évidemment aussitôt remarquée...

De même, pour le paravent...

Jérôme Fandor allait se décider à regret à chercher une retraite dans le couloir intérieur de la maison ou dans quelque grande chambre voisine, lorsqu’il remarqua la grande malle d’Élisabeth Dollon.

C’était un de ces monuments d’osier comme les femmes ont l’habitude d’en posséder : un homme de belle taille y eût tenu fort à l’aise. Jérôme Fandor en fit rapidement la remarque et l’idée lui vint aussitôt de s’installer dans ce refuge inattendu.

— Elle sera bien bonne la blague, pensa-t-il. Si je me fourre là-dedans, je vois la stupéfaction des bonshommes lorsqu’ils viendront farfouiller dans les affaires d’Élisabeth Dollon, en se trouvant nez à nez avec moi. Il sera bon en tout cas de leur montrer à côté de ma physionomie, évidemment sympathique, celle plus rébarbative du canon de mon revolver. Voyons, avisons, est-ce possible de s’installer là-dedans ?

Jérôme Fandor souleva le couvercle et enleva un premier compartiment dans lequel, au milieu de linge de femme, se trouvaient épars des papiers, des livres, des objets de toute sorte ayant évidemment appartenu au malheureux peintre et qu’Élisabeth Dollon, dans l’affolement de son départ précipité de la rue Norvins, avait emballés pêle-mêle.

Le fond de la malle était vide.

— À merveille ! pensa Jérôme Fandor, voilà ma cachette.

Fort tranquillement, le jeune homme s’installa dans la malle dans une position relativement confortable ; puis il se rendit compte que le compartiment remis et le couvercle ouvert, il suffisait pour le fermer de secouer transversalement la malle : il pouvait demeurer là plusieurs heures sans éprouver de gêne exagérée.

Soulevant à nouveau le couvercle, Fandor se dit :

— Inutile de se mettre à la crapaudine. Il n’y a personne, attendons.

Quelques heures s’écoulèrent, qui parurent interminables au reporter.

Celui-ci, qui n’osait pas fumer de peur de répandre dans la pièce une odeur compromettante, commençait à être moins fier de lui-même et à se dire qu’après tout il passait peut-être là bien inutilement une fort mauvaise nuit, lorsqu’un violent coup de sonnette retentit à la grille d’entrée.

Jérôme Fandor se dressa d’un bond pour essayer de voir qui, à cette heure tardive, s’annonçait de la sorte.

Mais la fenêtre de la chambre de la jeune fille où il se trouvait ne donnait pas sur la cour d’entrée. Même en se penchant on ne pouvait apercevoir ni l’arrivée des visiteurs, ni le passage des personnes qui se seraient rendues, soit au seuil de la maison, soit au pavillon de Mme Bourrat.

Jérôme Fandor, en outre, redoutait de faire du bruit, les parquets fort légers craquaient au moindre mouvement.

— Je n’ai qu’une chose à faire, pensa-t-il, rentrer dans ma boîte et attendre. Mais qui donc peut ainsi venir ?

La curiosité du jeune homme fut rapidement satisfaite.

À l’appel de la sonnette avaient répondu des bruits de pas précipités, quelques chuchotements, des éclats de voix, un silence.

Au bout de quelques instants, Jérôme Fandor, du fond de sa malle, entendit nettement qu’un certain nombre de personnes s’introduisaient au rez-de-chaussée de la maison.

Il écouta, non sans sentir son cœur battre à coups précipités. Une voix disait :

— C’est-y Dieu possible de déranger les gens à cette heure-ci ! Comme si nous n’avions pas assez d’émotions dans la journée. Décidément, c’est une épouvantable affaire. On ne nous laissera jamais tranquilles !...

— Mais, se dit Jérôme Fandor interloqué, mais c’est la voix de cette brave Mme Bourrat que j’entends...

Il prêta l’oreille, quelqu’un disait encore :

— La loi est la loi, madame, et nous en sommes les humbles exécuteurs. Puisque le juge d’instruction m’a ordonné une perquisition-saisie, nous sommes bien obligés de nous y conformer. Veuillez dire à votre domestique de nous conduire sur les lieux mêmes de la tentative du crime...

— Qu’est-ce que c’est que toute cette histoire-là ? se demanda Jérôme Fandor. Et d’où sort ce commissaire de police ? Décidément, il ne manquait plus que ça. Il va faire une tête quand je me nommerai, mais comment lui expliquer ma présence ? Enfin, nous verrons bien !

On montait l’escalier.

— Par ici, messieurs, fit une voix rauque. La chambre qu’occupait la demoiselle est celle du bout du couloir...

— Cette fois, pensa encore Jérôme Fandor, je reconnais mon gaillard, c’est cet imbécile de Jules. Mais quel ton triomphant, et comme sa voix est différente de celle qu’il avait cet après-midi à l’instruction...

Soudain, Jérôme Fandor faillit tressauter dans sa cachette.

— Ah, çà ! se déclarait-il à lui-même, suis-je donc plus bête qu’eux tous ? Mais il n’y a pas de commissaire de police au monde qui puisse venir, à cette heure, faire une perquisition ? Que diable cela veut-il dire ? Ne serait-ce pas mes bonnes gens ? Décidément, je m’y perds...

Les énigmatiques personnages pénétraient dans la pièce et la lumière se fit, car l’un d’eux avait tourné le bouton électrique.

Bien qu’il pût respirer à l’aise à travers les mailles en osier de la malle, Jérôme Fandor devait se contenter d’écouter.

Mme Bourrat accompagnait les étranges visiteurs :

— C’est ici, expliqua-t-elle, que le journaliste Jérôme Fandor a trouvé ma pensionnaire étendue. Vous voyez dans ce coin le poêle à gaz, avec les tuyaux qu’on a même oublié de rajuster, depuis, à l’appareil, mais il n’y a pas de danger, le robinet est fermé et le compteur aussi...

Le personnage qui s’était donné comme le commissaire de police, et dont la voix, peut-être maquillée, était inconnue de Jérôme Fandor, répondait par monosyllabes.

Un autre interlocuteur, indépendamment de Jules, n’était guère plus bavard... lorsque, à quelques intonations, Jérôme Fandor crut reconnaître la voix d’un personnage auquel il songeait depuis longtemps :

— Thomery ! pensait-il. Est-ce Thomery ?

Mais il ne connaissait guère le sucrier que de vue. À peine l’avait-il entendu parler une fois ou deux au bal et, alors, il n’avait guère fait attention au timbre de sa voix. C’était trop peu d’éléments pour donner une certitude à Jérôme Fandor. Néanmoins, il ne pouvait chasser de son esprit cette idée que le célèbre sucrier, honoré de tout Paris, estimé du monde entier, se trouvait à deux pas de lui, dans cette maison mystérieusement étrange, avec, au moins, toutes les apparences d’un cambrioleur, sinon d’un assassin… Car, désormais, sa conviction était faite. Il n’y avait pas là de commissaire de police, mais il y avait des bandits.

Déjà il s’applaudissait de son stratagème, s’apprêtait à sortir brusquement de sa malle, à surgir, devant les coupables épouvantés, comme la statue du Commandeur, à tirer quelques coups de revolver au hasard des poitrines, à faire un tapage du diable, à ameuter le quartier et peut-être aussi à sauver cette malheureuse vieille femme qui, vraisemblablement, n’était pas la complice de cette bande, lorsqu’il entendit l’inconnu qui s’était donné pour le commissaire de police dire à Mme Bourrat :

— Ne pourriez-vous pas nous procurer, madame, de quoi écrire ? nous avons besoin de rédiger un procès-verbal.

— Mais certainement, monsieur ! répondit la vieille dame, qui quitta la pièce et descendit au rez-de-chaussée.

Les mystérieux individus tenaient évidemment à éloigner ce témoin gênant pour converser entre eux.

À peine Mme Bourrat fut-elle partie, en effet, que ceux-ci échangeaient à voix basse des paroles précipitées. Jules était coupable en tout cas.

Le pseudo commissaire de police lui demandait d’un ton bref, autoritaire :

— Personne ce soir, pas d’incident ?

— Non ! Le journaliste est venu conduire la patronne, puis est reparti à neuf heures...

— Pas de nouvelles d’Alfred ?

Ce fut au tour du troisième personnage de répliquer :

— Mais non, tu sais bien, toujours au Dépôt. C’est classé.

— Opérons ! reprit le premier d’entre eux.

Jérôme Fandor se rendit compte que le moment décisif était arrivé : on soulevait le couvercle de la malle, les mains fiévreuses fouillaient dans les objets entassés sur le premier compartiment.

— N’as-tu rien trouvé ? fit le même personnage, en s’adressant à Jules.

— Mais non, mais non, monsieur ! J’ai pourtant bien cherché, mais comme je ne lis pas couramment, c’est compliqué pour moi...

— Imbécile, murmura le premier interlocuteur.

— Tiens, se dit Jérôme Fandor, voilà un gaillard qui me plaît. Il a sur ce butor de Jules la même opinion que moi.

Toutefois, le journaliste, replié sur lui-même, le revolver au poing, s’apprêtait à bondir sitôt que les investigateurs auraient soulevé le compartiment qui le dissimulait encore à leurs yeux, lorsqu’on entendit les pas lents et paisibles de Mme Bourrat qui remontait l’escalier.

— Nom de Dieu, jura l’un des hommes, nous n’aurons jamais le temps de tout voir !

Et d’un geste de colère, il referma brusquement le couvercle.

Mme Bourrat apparaissait à ce moment dans la pièce. Jérôme Fandor l’entendit qui disait :

— Voici, messieurs, de l’encre et du papier...

Cela n’était pas fait pour l’étonner, mais où sa stupéfaction devint incommensurable, ce fut lorsqu’il entendit de la bouche de celui qui n’était sûrement pas un vrai commissaire de police :

— Madame, le temps nous manque et nous sommes mal organisés pour effectuer une perquisition minutieuse. La pièce d’ailleurs ne nous paraît pas autrement suspecte, mais voici une malle qui contient des documents de grande importance. Nous allons l’emporter au commissariat.

— Comme il vous plaira, répliqua Mme Bourrat. Je ne demande qu’une chose, c’est qu’on me laisse la paix avec cette abominable affaire...

Un tour de clé rapidement donné à chacune des serrures de la malle apprit à Jérôme Fandor qu’il était prisonnier désormais.

Le jeune homme était brave, il sentit, néanmoins, tout son sang affluer à son cœur. Une sueur froide lui perla sur le front.

— Fichtre ! se dit-il, me voilà dans une sale position ! Impossible de bouger. Si ces bandits-là se doutent de ma présence, ils vont sûrement me flanquer à l’eau et dame, adieu l’instruction, adieu La Capitale...

Jérôme Fandor sentit un instant sa pensée voler vers un autre souvenir plus tendre pour lui. À ses yeux, dilatés par une angoisse terrible, se présenta un instant l’image douce et réconfortante de celle pour qui il affrontait de semblables périls, de celle pour l’amour de qui – car il aimait – il s’était mis dans une aussi mauvaise posture... Mais l’optimisme incroyable du reporter prit le dessus...

Jérôme Fandor raisonna, espéra.

Non, les bandits n’avaient sans doute pas connaissance de sa présence au fond de la malle ; ils n’auraient pu supposer Jérôme Fandor assez bête pour venir s’enfermer lui-même dans le piège...

— Décidément, conclut-il je suis digne de tendre la main à cet imbécile de Jules. Nous nous valons !

Et comme la malle à ce moment s’agitait, car deux hommes l’avaient prise par les poignées pour la soulever, Jérôme Fandor, tout en essayant de conserver un équilibre instable, ne put s’empêcher de remarquer avec une certaine satisfaction :

— Dire qu’ils n’ont pas même fouillé dans la commode, ni repris le savon révélateur. Il est vrai que je n’ai signalé sa présence qu’à Fuselier.

Mais, où diable allons-nous maintenant ? grommela-t-il tandis qu’on le secouait dans l’escalier...